De Ciels en Ciel…

De Ciels en Ciel…

 

Ce Ciel de la nuit des temps, clair, brouillé ou étoilé est devenu, lentement, au fil des années, mon inspiration permanente, incessante et obsessionnelle.

Chaque jour au dessus de nos têtes, il nous parle, nous stimule, il est notre loi sur terre …tantôt ténébreux, tantôt gai, je suis son petit caméléon, d’inspiration picturale bouffonne, il inspire mes humeurs, mes tourments, ma rage ou mon bonheur … Il est le reflet de mon existence, et plus encore devient imperceptiblement ma joie de vivre. Je ne peux tel Sénèque vivre dans mon tonneau, il me faut lire à ciel ouvert le roman de la vie qui nous entoure. Le globe est mon tonneau, mon tombeau, j’en suis une poussière éphémère et le ciel est là chaque jour pour me rappeler la grandeur et la misère de mon existence. Le vent est la chimère du ciel, sa muse qui en pourfend le cœur, modèle avec jubilation les formes des nuages en quête d’une perfection dans une sorte de permanence aléatoire et d’équilibre inné. Le vent  cisèle les contours des nuages avec son tempérament, volage ; il les pétrie , légers , baroques ou lourds , sombres et parfois apocalyptiques … Il souffle à son gré et donne l’air de bien s’amuser et de nous rappeler que les muses sont complexes et parfois absolues , voire dangereuses et mortelles…

Les nuages se modèlent en fonction des désirs de leurs muses, le vent et l’atmosphère, mais ils improvisent sur une scène grandiose tels un Charlie Parker en verve imbibée, un Petrucciani en délire existentiel … Les nuages n’ont aucune autorité,   ils suivent les décisions, Ils sont générosité, modelables, éthérisés et solides à la fois, esclaves merveilleux des paramètres du temps, symboles de notre existence.

Le soleil est l’astre suprême, celui limité de notre petit univers, chaleureux organisateur par essence certes, mais aussi lui même respectueux d’un monde de l’au delà ; il n’est que poussière proportionnellement identique à la mienne dans un univers sans fin.

Les artistes, écrivains, poètes, peintres, sculpteurs et philosophes croient en une autre vision de l’avenir de l’humanité, qu’ils s’efforcent de passer à l’Homme en toute humilité. Pour ma part je crois à la passerelle que nous offrent les ciels ; c’est ce à quoi mes peintures tentent de parvenir en les représentant dans leurs mouvements, rudes et ténébreux ou enjôleurs et souriant, véritables passerelles vers une autre vision pour l’Homme. Celle de l’humilité suprême; de la remise en cause originelle, du placement de l’individu « humain » nécessaire au milieu d’une galaxie infinie.

je me sens « peintre de ciels », d’où mon enracinement Normand , pour ses expressions tonales et ses lueurs furtives qui nous rappellent que le soleil et la pluie comme toute bonne chose sur cette terre , se méritent et qu’il faut savoir les prendre instantanément quand ils s’offrent à nous, en apprécier les richesses sans attendre …Ces ciels que je pressens, observe méticuleusement , et que mon interprétation glace sur une toile de lin , sont des passerelles pour un monde meilleur , tourné vers la contemplation du simple et du quotidien quand il est artistiquement beau, c’est à dire , dans sa permanence naturelle appréciée.

Le vol d’une hirondelle est aussi un film de Fellini, l’étirement du chat pousse l’esthétisme physique à son apogée, un coucher de soleil éclipse tous les tableaux du monde …… les exemples de la nature sont innombrables … la nature « Offre »  et créer à partir d’elle est une pure extase.

Créer une œuvre d’Art, c’est créer un esprit de la chose, une sensation qui place la valeur des éléments dans notre contexte émotionnel, spirituel, relationnel, bref dans la vraie vie.

Le vernaculaire de la société d’aujourd’hui incite les hommes et les femmes à sortir des gonds de l’utilitarisme forcené, de l’égoïsme et de cette consommation absurde attisée par des techniques éprouvées qui ont pour objectif de contrôler l’espace de pensée, de réflexion, de comportement … et en fin de course le portefeuille des esprits avides de plaisirs furtifs.

 

Le Ciel est à nous, pour nous rappeler l’essentiel, en toute gratuité et en permanence, il s’adresse à tous de façon équitable.

L’humanité depuis son existence ne développe que des esprits simples, limités dans leur essence à la périphérie de la matière, esclaves des conditions insondables de l’infini.

Le ciel est là pour le leur rappeler, la vérité de l’existence est en mouvance, rien et tout existent en même temps,

Le ciel ouvert, immense et lumineux fait accéder l’homme à la conscience de soi. La terre est par essence nourricière, familière, l’élément de la vie immédiate, du besoin et de la satisfaction. La terre, c’est l’humus, le sec et l’humide, le chaud et le froid, le proche, le sol ferme et la rivière source de vie, l’arbre pensif, le roseau, la fleur, le sentier qui se perd dans les collines,. Mais tout cela, qui est essentiel, est commun à l’homme et à l’animal, définit un mode d’être de la plus extrême proximité vitale. Les animaux ignorent tout de l’immensité. Leur regard ne s’élève pas au dessus de la sphère étroite du comestible, à ce que j’en perçois. L’homme témoigne de sa capacité à une dénaturation originelle, un désir qui l’ouvre au désir d’ailleurs, désir d’infini, désir de comprendre … mais il en oublie souvent le désir d’apprécier, de contempler pour jouir et se sentir « bien » en tant qu’être vivant devant le spectacle grandiose ou simple du vivant … dans le quotidien ou l’exceptionnel.

Le ciel déploie chaque jours son Grand Théâtre au dessus de nos têtes, son « templum » de contemplation, mesure du sans mesure. Le temps, d’abord comme mesure du jour et de la nuit, puis des saisons de l’an, rythme fondateur qui transcende nos soucis du jour, et organise notre année humaine. La naissance des feuilles, l’arrivée des hirondelles et le temps de semer et récolter …

D’où cette idée incontestable que le ciel est la loi de la terre, et des autres éléments, bois, métal, eau, feu – selon la conception chinoise ancestrale. Quelque chose d’invisible règle le visible, lui donne sa mesure, son rythme, sa nécessité interne. Le sage contemporain doit tirer sa norme d’un ordre qui le dépasse et le fonde.

Le ciel est de ce monde, loi de ce monde. Il le fonde est en inscrit les lois.

Suivre le ciel permet de se détacher du monde pour s’élever dans la sphère désincarnée de l’Intelligible. Terre et ciel constituent, avec l’homme placé entre les deux, le modèle indépassable de la sagesse ; le milieu entre le rien et le tout exprimé par Pascal.

J’aime comme les paysans contempler le ciel comme j’aime contempler la mer. Ciel et mer se répondent, et se fondent l’un dans l’autre dans un horizon qui efface les contours, bornant notre perception d’un même cercle indistinct. La mer borde de partout la terre, et le ciel avec elle, dans la splendeur d’une union immémoriale.. Mer et ciel sont la sublime bordure du monde, la porte vers l’invisible, dans son indescriptible humilité….fascinante symbiose.

Contemplez, assis sur un rocher surplombant la mer, le miroitement  des eaux, et , au loin, le cercle mouvant de l’horizon, laissant dissoudre toutes les images, toutes les pensées, vous laissant glisser sans fin vers un horizon où les éléments se fondent lentement dans l’unité imperceptible d’une évidence sans conscience.

Le Ciel en mouvance, c’est une image grandiose que l’âme accueille dans le moment d’une contemplation sans objet, qui ne se pense pas, qui ne fonde aucun savoir, mais qui incessamment nourrit l’espoir.

Quand la lumière et les couleurs nous saisissent, elles ne cessent plus de nous saisir, et de nous enchanter.

 

Franck Bailleul

Le 9 Août 2015